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samedi 12 mai 2012

J’en suis resté comme deux ronds de flan !

Le Livre des métaphores, de Marc Fumaroli, est un recueil d’expressions et locutions imagées. Le français en fourmille. L’académicien ne les a pas collectées et commentées "en docte philologue ou linguiste", mais en lecteur et historien "amateur" (érudit quand même!). C’est le plaisir qui l’a guidé, son ambition étant de constituer "un parc national, un jardin botanique" de tous ces mots et locutions issus dans leur sens figuré de "la vie poétique naturelle et originelle du français".

Ces "expressions toutes faites" témoignent du génie populaire qui les a inventées et du talent des écrivains qui les ont créées ou, le plus souvent, utilisées et propagées. Marc Fumaroli a eu l’excellente idée de faire un sort à La Fontaine en rassemblant ses immortelles trouvailles : attacher le grelot, un paysan du Danube, la part du lion, tirer les marrons du feu, la mouche du coche, un train de sénateur, etc.

Il a choisi le classement par thème : le corps, les animaux, la chasse et la pêche, la médecine et la chirurgie, les jeux et les sports, l’argent, l’histoire, la géographie, la littérature, les armées et la guerre, etc. Cela donne de la cohérence à l’ensemble et permet de prendre la mesure de la richesse métaphorique de certains sujets, par exemple le cheval. Mais comment aller chercher une "hirondelle ne fait pas le printemps" dans la fable antique et la mythologie, ou "à bâtons rompus" dans la musique, si on n’a aucune idée de leur origine?
Chemin faisant, on apprend que Stendhal aurait été le premier à employer "la liste noire" (La Chartreuse de Parme) ; Raymond Queneau serait l’inventeur de "mettre de l’argent à gauche" ; "faire charlemagne" signifie se retirer d’un jeu après avoir gagné, sans laisser aux adversaires l’occasion de prendre leur revanche ; "mi-figue, mi-raisin" vient d’une fraude de marchands qui mêlaient des figues sans valeur à des raisins de Corinthe, rares et chers ; il ne faut pas confondre "arriver comme marée en carême", survenir fort à propos, avec "arriver comme mars en carême", chose qui survient forcément ; Proust emploie "casser du sucre (ou du bois) sur le dos" pour signifier qu’une personne a été injuriée en face alors que l’expression signifie qu’on en a dit du mal derrière elle.

Marc Fumaroli connaît par cœur, ou sur le bout des doigts, toutes les locutions qui se greffent sur le cœur ou s’articulent sur les doigts. Toutes celles aussi qui utilisent les mains, les pieds, les jambes, les yeux, les dents. Mais – est-ce par pudeur? – le cul ne l’inspire pas. Faux cul? Je ne me le permettrais pas non plus. En revanche, il est prolixe sur les "horizontales", les femmes qui gagnent leur vie dans cette position. Par ordre alphabétique, d’Edmond About à Adolphe Thiers, il donne le nom des hommes célèbres qui ont fréquenté l’hôtel des Champs-Élysées de la Païva ("qui paye y va").

Aussi amusant qu’instructif, Le Livre des métaphores est une mine de citations de toute nature qui illustrent ces innombrables expressions, certaines désuètes, la majorité toujours bien vivantes. Qu’Alexandre Dumas, Balzac, Hugo, Flaubert, Zola, Proust soient parmi les écrivains les plus souvent cités, rien que de très logique. Mais Marc Fumaroli a lu aussi des auteurs plus proches de nous, notamment son ami d’Ormesson, Claude Simon, Cavanna, Matzneff, Tournier, San Antonio, Sollers, Michon, Kourouma, et même Catherine Millet… Il n’hésite pas à tirer profit de Brassens, Ferré, Brel, Mistinguette, Johnny Hallyday, Dutronc-Lanzmann, et même d’une publicité Darty. Réjouissant éclectisme. Il puise aussi dans les journaux. Surprise du chef : l’académicien semble rarement lire Le Figaro, un peu plus Le Monde, et beaucoup Libération. J’en suis resté comme deux ronds de flan !

Bernard Pivot - Le Journal du Dimanche
samedi 28 avril 2012.

Eric Naulleau sur RTL 

jeudi 23 décembre 2010

Le sniper des plateaux télé & la langue ­française


C’est aussi grâce à la langue ­française que vous avez rencontré Veronika ?
Eric Naulleau. J’ai voulu faire mon service militaire en coopération. Je pensais aller au Maroc ou en Italie. “C’est la Bulgarie ou la caserne”, m’a-t-on dit à l’armée. J’ai soutenu mon DEA de lettres à Nanterre un mercredi, je me suis envolé pour la Bulgarie le vendredi, et j’ai commencé à enseigner le français là-bas, le samedi matin, à 7 h 15. Ça a changé ma vie, y compris sur le plan sentimental : Veronika était l’une de mes élèves de première, il y a vingt-trois ans.Elle était alors mineure.

Votre idylle n’a pas dû être du goût des autorités bulgares...
E.N. C’était interdit sur tous les plans : la relation majeur-mineure, la relation prof-élève et la relation Est-Ouest. Les élèves étaient tous aux Jeunesses communistes et on leur expliquait qu’un prof de l’Occident était une moitié d’espion.

Veronika Naulleau. Eric est rentré seul en France. Moi, j’ai fini mes études. Après la chute du Mur, il y a alors eu quelques mois de relâchement politique, durant lesquels on a découvert qu’on pouvait voyager. J’en ai profité pour le rejoindre en France.

E.N. Nous devons beaucoup au mur de Berlin et aux Allemands de l’Est.

Interview Caroline Bonacossa 
 Paris Match 20 décembre 2010